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Interview de Corinne Vo-Ha, peintre décoratrice, et Sabine Palau, dessinatrice en architecture

Retranscription de l'interview vidéo intitulée Des femmes dans le bâtiment, réalisée au lycée Alfred Sauvy de Villelongue-dels-Monts


  1. Pourriez-vous nous présenter brièvement votre profession ?

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    • Sabine Palau : Je suis dessinatrice en architecture. Mon métier consiste à relever des mesures et dessiner des plans, puis à les mettre au propre dans le cadre de la création de projets de bâtiments. Tout ce qui a trait au métier de dessinateur dans le bâtiment.

    • Corinne Vo-Ha : Je suis peintre décoratrice. Mon activité consiste à embellir les intérieurs et les extérieurs et à mettre une touche finale sur le métier de peintre après les travaux du bâtiment.

  2. Comment avez-vous été amenée à choisir cette orientation professionnelle ?

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    • Sabine Palau : C'était un choix personnel, qui fut aussi un peu guidé par le hasard. Au départ, je voulais faire quelque chose de technique, car j'étais bonne dans les matières technologiques, en maths... Et je ne me voyais absolument pas dans un métier classique, de secrétariat, etc. Après quelques recherches, j'ai tenté d'intégrer un BEP électro-technique, mais je n'ai pas été prise, par manque de places. Je me suis alors tournée vers un BEP Génie civil au lycée Alfred Sauvy, pour devenir dessinatrice en architecture. Je ne le regrette pas, car c'est un métier qui est totalement passionnant à vivre au quotidien. Ce n'est jamais la même chose, on travaille toujours sur des projets nouveaux, avec une bonne ambiance d'équipe

    • Corinne Vo-Ha : Au départ, j'ai une formation artistique, puisque je suis diplômé de l'école des Beaux-arts de Tourcoing. Mais c'est un formateur de l'AFPA de Rivesaltes, M. Jean Roubien, qui m'a encouragée à faire ce métier, et qui mettait la femme en avant dans la profession. À mon époque, sur 18 élèves, on était 7 filles. C'était la première fois qu'il y avait autant de femmes dans cette formation de peintre !

  3. Avez-vous été soutenue dans votre entourage ?

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    • Sabine Palau : Oui, dans le sens où personne ne s'est opposé à ce que je fasse ce métier, ce qui, pour moi, est déjà une forme de soutien. À l'époque, dans les années 1980, ce n'était pas aussi développé qu'aujourd'hui en matière de mixité. Je n'ai pas le souvenir d'avoir rencontré une réelle opposition, une personne qui me l'ait déconseillé. Au contraire !

    • Corinne Vo-Ha : Non, je n'ai pas du tout été soutenue par mon entourage ! À part mon oncle, qui était peintre. Lui était très très fier de moi ! Sinon, la réaction générale a plutôt été de me dire : "Tu ne vas pas faire peintre en bâtiment !?" Mais il ne faut pas écouter ce qu'on nous dit, il faut faire ce que l'on a décidé. Et puis, j'pense que les peurs font avancer. C'est ce que j'expliquais à l'une de vos camarades, Sarah : "Plus on a peur, et plus il faut le faire !"
      Petite anecdote : une fois, nous sommes allées chez un fournisseur, où il n'y avait que des hommes. Sarah, c'est quelqu'un de timide, donc elle n'était pas à l'aise, alors je lui ai dit : "Tu sais, la première fois que je suis allée chez le fournisseur, avec toute cette gent masculine, ça n'a pas été facile, mais maintenant, mes collègues sont des artisans peintres ; si j'ai besoin d'eux, ils sont là". Et de fait, je n'ai pas du tout le sentiment d'être considérée comme inférieure. Au contraire, je suis très respectée dans ma profession.

  4. Les métiers du bâtiment sont-ils plus difficiles à exercer pour une femme ?

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    • Sabine Palau : Je pense que non, il suffit d'être très motivée ; peut-être uniquement certains métiers d'extérieur comme maçon, pour lesquels des contraintes climatiques peuvent rentrer en jeu. Sinon, aujourd'hui, il y a toutes sortes de techniques, de machines-outils permettant de faire travailler des femmes sans aucun problème. La plupart des métiers tels que métreur, peintre, dessinateur, etc., sont tout à fait accessibles aux femmes. Par exemple, dans notre entreprise (NDLR : Scopelec), nous avons des femmes chargées d'études, qui vont faire des relevés pour l'installation de réseaux de fibres optiques en extérieur, qui soulèvent des chambres, montent dans des colonnes, etc., afin de pouvoir réaliser ces études.

    • Corinne Vo-Ha : Au contraire, je pense ! Ce n'est pas qu'il soit plus facile ou plus difficile, c'est qu'on le choisit ! On choisit quand on veut faire un métier d'homme, enfin, considéré comme masculin ; de ce fait, une femme sera peut-être plus asssidue, aura davantage la volonté de réussir.

  5. Est-il difficile pour une femme de concilier les temps de vie ?

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    • Sabine Palau : Non, pas plus que dans tout autre métier. Qu'on soit secrétaire ou dessinateur, on travaille sept à huit heures par jour, plus le temps du trajet. Comme tout le monde, il faut gérer les enfants, le quotidien. Quel que soit le métier, c'est pareil.

    • Corinne Vo-Ha : Oui, c'est difficile quand on a des enfants. Mes enfants sont grands maintenant, mais à la base... je ne suis pas que salariée, j'ai une petite entreprise, donc je dois tout faire : aller chez le fournisseur, faire les devis, me déplacer chez les clients, établir les factures, le matériel, c'est moi qui le nettoie... Tout cela prend du temps. Et ça, les enfants, il faut qu'ils le comprennent. Personnellement, j'ai déjà pris un de mes enfants en stage exprès, pour qu'il voie. Et c'est vrai qu'il a compris en me disant : "Je comprends mieux ce que tu fais le soir." Après, on n'a pas trop de temps pour soi-même, on ne peut pas tellement avoir d'activités personnelles. En dehors du travail et de la famille, c'est un p'tit peu difficile !

  6. Quels dispositifs sont spécifiquement mis en place dans l'entreprise pour adapter votre poste à une femme ?

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    • Sabine Palau : Il y a une équité homme-femme, une mixité dans les métiers. Je ne vois pas de contraintes particulières à gérer, parce qu'on travaille dans les télécommunications, donc ce sont des métiers quand même relativement légers, qui n'entraînent pas la mise en place de gros chantiers. Il n'y a pas d'adaptabilité particulière, selon qu'il s'agit d'un homme ou d'une femme : un ordinateur, c'est un ordinateur ; une chaise de bureau, une chaise de bureau... (Rires)

    • Corinne Vo-Ha : Je ne vois pas trop de différences non plus entre les hommes et les femmes de ce point de vue là. On a la chance d'être en France et de pouvoir exercer le métier que l'on veut.

  7. Quels arguments pour encourager les femmes à travailler dans le secteur du bâtiment ?

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    • Sabine Palau : Ce sont des métiers vraiment passionnants, originaux. Et ce n'est pas un secteur bouché, il y a toujours beaucoup de travail. Des dessinateurs en bâtiment, on en cherche. Par exemple, il y a cinq ans, suite à la fermeture de mon ancienne entreprise, j'ai pu retrouver du travail, alors que j'avais 45 ans. Donc, je ne rentre pas dans le cadre d'une personne qui, se rapprochant de la cinquantaine, ne retrouve pas de travail. Aujourd'hui, si je quittais mon entreprise, je pourrais retrouver un emploi. C'est un secteur très ouvert. Tout cela est très positif, et il faut le dire ! Ce n'est pas si courant aujourd'hui...

    • Corinne Vo-Ha : Les clientes femmes (ma clientèle est surtout féminine) sont rassurées quand ce sont des femmes, car le chantier est toujours plus propre. Ça, on me l'a souvent dit. Mes clients hommes aussi me l'ont fait remarquer ! Après c'est bien de changer les mœurs, il faut évoluer. Moi, je suis fière de mon métier et je suis ravie de savoir qu'il y a des filles qui continuent après moi. Je suis là aujourd'hui pour essayer de transmettre ce que je peux. Enfin, c'est un métier vraiment bien. C'est manuel, donc on a toujours quelque chose à faire. Quand c'est fini, on s'en va...

    • Sarah (intervieweuse) : ... satisfaite ?

    • Corinne Vo-Ha : Satisfaite, oui, sinon on s'en va pas ! (Rires)


Crédits :

Vidéo réalisée par les élèves de l'atelier radio du lycée Alfred Sauvy (lycée des Métiers du bâtiment, situé à Villelongue-dels-Monts).

Sabine Palau et Corinne Vo-Ha furent respectivement interviewées par Alicia et Sarah, élèves de terminale Bac Pro.

Remerciements :

Merci à :

  • Valentin et Lucien, de l'atelier radio ;
  • Bruno, Alicia et Sarah, nos ambassad(eur)(rices) de la mixité.